Histoire derrière EPIC4

Stock photo © skynesher

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Au cours des 25 dernières années, le développement des agents antirétroviraux et l’amélioration des combinaisons de traitements antirétroviraux (cTAR) ont amené une amélioration majeure de la santé des gens vivant avec le VIH. Ce changement est tel que, dans les pays favorisés, l’infection par le VIH est maintenant gérée comme une maladie chronique pour laquelle une personne doit prendre des médicaments à tous les jours afin de demeurer en santé. Toutefois, les cTARs n’arrivent pas à guérir le VIH, malgré la suppression partielle ou entière de la réplication virale. De l’inflammation chronique et de la translocation bactérienne (passage des bactéries ou de leurs produits de l’intestin vers les ganglions) continuent d’être observées au niveau du système gastro-intestinal et la reconstitution de sous-populations spécifiques de cellules T et/ou des compartiments lymphoïdes est incomplète. De plus, le VIH-1 peut demeurer en dormance durant des décennies dans les cellules T mémoire, intouché par le cTAR et bien caché du système immunitaire de son hôte. Le virus caché dans les cellules, appelé un réservoir viral, est responsable de l’augmentation de la charge virale qui est observée lorsque le traitement est interrompu. C’est aussi la raison principale pour laquelle il n’est pas encore possible de guérir du VIH.

Les approches récentes vers la guérison du VIH comprennent la purge du réservoir. Dans le cadre de cette stratégie, un médicament est utilisé afin d’activer le virus qui est en latence dans les cellules. Une autre stratégie implique une thérapie génétique, où les cellules des patients sont modifiées afin d’exprimer une résistance naturelle au VIH et de bloquer son entrée dans les cellules. Ces approches n’ont pas été très efficaces jusqu’à maintenant. La transplantation de cellules souches hématopoïétiques de donneurs compatibles qui n’expriment pas la molécule CCR5 a permis la rémission d’un patient (le patient de Berlin). Toutefois, cette approche ne pourrait pas être appliquée à grande échelle.

En 2013, un rapport a suggéré qu’un enfant infecté par le VIH au moment de la naissance et traité avec une cTAR à 30 heures de vie avait été capable de contrôler le virus sans médicaments lorsque le traitement avait été arrêté accidentellement. Un autre rapport émis par la suite mentionnait que le virus avait été détecté à nouveau dans le sang de l’enfant et que l’enfant avait été capable de contrôler le virus sans médicaments pour une durée de 27 mois. Ce cas, surnommée le « bébé du Mississippi », a été fortement médiatisé et suggère qu’un traitement rapide avec une cTAR pourrait être la clé afin de limiter la création d’un réservoir de VIH.

En parallèle, une autre étude de notre équipe fut présentée au Congrès de l’association Canadienne de recherche sur le VIH en 2013. Notre étude avait mesuré la quantité d’ADN proviral de VIH-1 dans le sang périphérique et la réponse immunitaire spécifique au VIH de 9 enfants canadiens infectés par le VIH par transmission verticale et ayant débuté une cTAR tôt après la naissance (vers environ 2 mois) ou plus tard durant l’enfance. Des virus aptes à se reproduire ont été isolés chez 4 enfants qui avait débuté un traitement plus tard dans leur enfance, mais aucun virus n’a été détecté dans le sang des enfants qui avaient débuté un traitement tôt après la naissance. De plus, aucune réponse immunitaire spécifique au VIH n’a pu être détectée chez les enfants qui avaient débuté un traitement rapidement. Quatre enfants canadiens qui ont été infectés par le VIH à la naissance, qui ont débuté une cTAR dans les 72 heures suivant leur naissance et qui présentent une suppression virale soutenue ont été suivis et évalués par les membres de notre équipe. Les résultats obtenus concordent avec ceux d’autres rapports.

L’étude EPIC4 a été conçue en tenant compte de tous ces résultats. Le but de l’étude est de répondre à la question suivante :

La rémission virale de l’infection par le VIH est-elle possible en traitant tôt par thérapie antirétrovirale combinée les enfants infectés par le VIH à la naissance?